Moustache
Alors que je viens tout juste de diffuser cette image sur mes réseaux sociaux, je crois qu’une petite explication s’impose…
Alors que je découvre petit à petit le monde magique du travail en autoportrait et des possibilités infinies d’expression artistique qui en découlent, je commence en même temps à comprendre que même les idées les plus farfelues sont réalisables. C’est pourquoi, un soir, alors que nous plaisantions avec mon cher et tendre sur les trois poils de duvet qui habitent ma lèvre supérieure, l’idée m’est venue.
“Je me demande à quoi je ressemblerai avec une VRAIE moustache ?”
Et alors que ça l’a fait rire, moi ça m’a bien fait réfléchir…
A peu près au même moment, je suis tombée sur plusieurs travaux de l’artiste photographe russe que j’admire peut-être le plus, Xenie Zasetskaya, mettant en scène des personnes avec de grosses installations florales en premier plan. Les fleurs ayant une symbolique toute particulière pour moi (mais je m’étalerai plus sur la question dans un autre article), les deux concepts ont fusionné dans ma tête et ni une ni deux, cette image a vu le jour !
L’aspect technique
Ca n’a pas été particulièrement évident de mettre en scène cette idée car il a fallut prendre en compte plusieurs éléments. Tout d’abord: trouver une moustache ! Pour ça, j’ai pu compter sur mon amie et maquilleuse préférée, Elodie Pawlik, qui peut réaliser des moustaches (et toute forme de pilosités diverses) en les confectionnant de ses petites mains, au poil à poil , et c’est franchement impressionnant !
Ensuite Il a fallut aller chercher chez le fleuriste la végétation adéquate qui correspondaient à mon idée, et pour ça je remercie Greg (le fameux cher et tendre) qui a rempli à merveille cette mission pour moi.
Puis installation du studio, disposition des fleurs pour qu’elles remplissent le cadre de l’image juste ce qu’il faut, préparation de tout le matériel (autre difficulté, je n’ai pas utilisé mon boîtier habituel de travail en studio, et il a donc fallut que je m’adapte et que j’arrive à anticiper ce changement), tests de lumière, maquillage, coiffure, costume, et la dernière étape: poser, retailler et coiffer cette fameuse moustache avant de s’attaquer à la prise de vue. Et évidemment, tout le rangement, démaquillage, travail de l’image en post prod (que j’ai fait avant même d’avoir décollé ma moustache, je vous laisse cette vision en tête, c’est cadeau).
Et tout ça là, je l’ai fait toute seule, et c’est pas forcément de la tarte aux cerises. Ni même aux champignons, mais remarquez, j’aime pas les champignons, donc c’est pas plus mal.
Mais pourquoi une moustache ?
Au delà de l’aspect absurde de ma réflexion nocturne et de mon envie perpétuelle de transformer ma vie en une gigantesque blague, c’est un autoportrait qui me tient à cœur.
Sans sortir les violons et les mouchoirs, la question de la pilosité féminine taboue voire interdite m’a beaucoup impactée dans mon développement, dès mon entrée au collège, et m’a suivie jusque dans ma vie actuelle d’adulte pourtant épanouie. La guerre aux poils est inlassable, permanente, et fondée sur que dalle. Et c’est chiant.
En tant que photographe, je ne pourrais me permettre de diffuser un autoportrait sur lequel je ne serai pas parfaitement épilée, sous peine de me générer une forte insécurité.
Et en tant qu’artiste de scène évoluant principalement dans le milieu du cabaret (thématique qui revient souvent dans mes divers travaux), je surveille aussi mon épilation de près car ce n’est pas considéré comme glamour, et ça me mettrait mal à l’aise (mais c’est un choix tout à fait personnel). Mais ce même milieu, côtoyant l’univers des Drag Queens et Drag Kings, remet profondément en question les notions d’expression de genre. Moi qui ait toujours aimé danser autour de l’androgynie, le cabaret (et tout ce que ça inclut) m’a amenée à me poser tout un tas de questions sur ce qui fait de moi une femme.
Et j’en suis venue à la conclusion qu’en fait je m’en fous.
Je suis une femme et c’est une vérité qui n’est pas à remettre en question par qui que ce soit, et tout le reste n’a aucune importance et aucun impact sur cette vérité, même la plus grosse des moustaches. Et c’est cette prise de conscience là qui me pousse dans la direction du cliché “RiEn N’eST iMpOsSiBLe” et qui m’encourage à faire ce que je veux et à ne pas considérer mes objectifs comme absurdes. Parce qu’on peut toujours trouver des solutions pour atteindre ses rêves, ou pour se voir avec une moustache !
Cette image rend aussi hommage à l’historique femme à barbe qui était considérée comme bête de foire et à laquelle je m’identifie dans l’aspect divertissant de mes tourments les plus profonds sublimés en art qui deviennent parfois beaux aux yeux du public.
Et pour finir, la SUBTILE caricature patriarcale de cette image avec un maquillage reprenant légèrement certains codes clownesques, est pour moi une petite cerise sur la tarte aux champignons. ;)