Série de cendre

A Terre

Un travail expérimental sur la relation entre le corps et la matière.

Suite à une première exposition au bar éphémère l’Ultraviolette à Montpellier début septembre 2022, ce travail sera à nouveau exposé du 13 mars 2023 au 10 avril 2023, cette fois ci au bar à jeux les Castors en centre ville de Montpellier. Je me suis donc dis qu’en parler un peu serait une bonne façon d’inaugurer ce blog.

De plus, de toutes les séries que j’ai publiées, c’est de loin celle ci qui attire le plus l’attention, qui intrigue et qui interpelle. Et je suis fière de pouvoir dire que certaines de ces images ont été remarquées par des jurys internationaux lors de divers concours. L’image intitulée A Terre aura obtenu deux “Honorable Mention” aux ND Awards ainsi qu’aux Monochrome Awards, et l’image Le Sablier a été sélectionnée parmi les 100 “Finalistes” du concours Nude organisé par le Dodho Magazine et figure dans le livre publié en février 2023 à cet honneur.

Le Sablier


C’est en juin 2020 que ce projet naît dans ma tête, après avoir vu passer sur divers réseaux sociaux des projets photo impliquant de la craie, de la cendre, de la poussière, de la farine, et autres matières poudrées du même type. L’idée de base n’est pas une idée originale, prendre un corps nu et le laisser interagir avec une texture a déjà été fait et vu de nombreuses fois, et je m’étais déjà moi-même aventurée sur ce terrain là. Mais cette idée qui se voulait pourtant au début très aérienne et légère, pesait bien plus en moi qu’un seau de cendre végétale commandé sur internet.


J’ai d’abord cherché un.e modèle qui conviendrait, je voulais impérativement quelqu’un qui sache danser, et qui soit à l’aise avec le fait de poser nu.e. Après quelques échanges sur Instagram, c’est sur Lux Scandal que mon choix s’est arrêté. Son crâne rasé et ses allures androgynes revendiquées, m’ont beaucoup parlé et ont énormément contribué à la puissance du rendu final.

La grosse difficulté aura été de trouver un lieu qui nous permettait d’expérimenter avec la cendre et le mouvement (mon studio se situant dans mon salon, hors de question de recouvrir tous mes meubles d’une couche postapocalyptique). Après des semaines interminables de recherche qui incitaient à baisser les bras, c’est mon ami et collègue photographe Ludwig Oblin, plus connu sous le pseudonyme Lytnim, qui m’a tendu la main en nous proposant de venir dans son studio situé dans un hangar et correspondant à tous nos critères de recherche.

Bingo !

Ni une ni deux, le 21 septembre 2020, tout mon matériel est en place au Hangar’ 84, et nous commençons enfin à shooter.

Silhouette

Après une durée de shooting que je ne saurais pas définir, c’est dans la boîte !

En sueur, nous nettoyons le studio, Lux Scandal se rincera avec un simple tuyau d’arrosage à l’extérieur du hangar pendant que Ludwig et moi l’entourons d’un immense drap noir afin de lui rendre un peu de pudeur suite à ce beau moment d’abandon de soi photographique.

C’est au traitement numérique que ces photos prendront tout leur sens. Ces images que je pensais si légères et douces auront au final une saveur beaucoup plus brutale et crue, comme si la gravité du passé influait directement sur la gravité terrestre qui impactait la cendre. Comme si le poids de ces racines brûlées demeurait inchangé, peut-être même alourdi.

C’est le moment où j’ai pu prendre du recul et constater que ce que je voyais danse était en vérité lutte.

La Voie Lactée

Chaque œuvre est ressentie différemment par toutes les personnes qui la regardent, et chaque œuvre continue de vivre, de grandir, et de trouver son sens, en même temps que le monde qui l’entoure. Je ne peux de fait pas vous imposer un sens de lecture à mon travail, ou une symbolique qui ne serait que projection de mes propres ressentis.

Mais cette série est viscérale, spontanée, et cathartique.

Je suppose que si j’éloigne ma symbolique personnelle, c’est un travail qui pourrait être perçu comme une lutte éreintante et conflictuelle de l’humain avec ses racines. On peut y voir la réalité de la naissance et le combat de la découverte de soi. La notion de temps qui passe me saute personnellement aux yeux, et le rapport à la mort est presque trop évident pour que je m’éternise sur sa représentation obscure. Cela dit, si on prend le temps de se perdre à la contempler, la série glisse fluidement vers la beauté de l’acceptation et de la résilience, et je pense que c’est de là que vient toute sa puissance. Car ce n’est pas un travail qui donne la sensation d’un piège ou d’un chemin sans issue, au contraire, on est invité à croire au courage et à la force de l’individu et à sa faculté continuelle à renaître de ses cendres.

Naître que Poussière

De manière plus globale, c’est une ode à la brutalité de la vie, à la solitude psychique de sa traversée, et à la fatalité inéluctable de la condition humaine.

Car après tout, on naît tous, et on redeviendra tous, poussière d‘étoiles.

S’oublier